Bénin : Des soupçons d’ingérence française liées à un don militaire

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Le 23 juin dernier, le gouvernement béninois a annoncé avoir réceptionné un lot « significatif » d’équipements militaires destinés à lutter contre les engins explosifs improvisés.

Si cette coopération militaire avec la France s’inscrit dans la durée, elle a suscité une vive polémique au sein de la population béninoise.

Sur la page Facebook officielle du gouvernement, les réactions des citoyens traduisent une défiance profonde envers les intentions de Paris et une inquiétude quant aux conséquences diplomatiques de cet appui. De nombreux internautes y voient une tentative de « racolage » de la part de l’ancienne puissance coloniale, perçue comme cherchant à conserver son influence dans un pays stratégique de la sous-région. Un commentaire résume ce sentiment : « Ils font tout pour ne pas perdre le Bénin, un pays stratégique ».

La comparaison avec le soutien militaire massif accordé à l’Ukraine a été largement commentée, certains estimant que le matériel fourni au Bénin, jugé modeste face aux enjeux sécuritaires, s’apparente à une simple « miette ».

Cette perception est renforcée par un contexte de regain de tensions diplomatiques régionales, alors que les relations entre le Bénin et le Niger viennent de connaître une réouverture de leurs frontières. Une partie des commentateurs craint que cette coopération affichée avec la France ne soit perçue comme une provocation par les pays voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES), susceptibles de compromettre la paix retrouvée. La crainte est palpable : « Vivement que ça ne crée pas un autre souci dans cette résolution de paix et d’unité avec le pays frère », s’alarme un internaute.

Au-delà de la crainte d’une instrumentalisation politique, de nombreux Béninois expriment leur lassitude face à une coopération qui, selon eux, maintiendrait le pays dans une forme de dépendance. Les appels à une autonomie stratégique sont récurrents.

 « Il est temps que le Bénin commence par acheter des matériels de guerre, nous avons besoin des avions de guerre, des drones qui chargent des missiles. Nous voyons tous la manière dont le Mali et le Burkina luttent contre les terroristes », peut-on lire dans les commentaires. Un autre utilisateur résume cette aspiration à la souveraineté : « Quant est-ce que nous allons finir avec ces désordres ? Il faut que le Bénin prenne ses responsabilités et oublie les aides, surtout les aides venant de la France ».

Cette levée de boucliers illustre la complexité des relations franco-béninoises, tiraillées entre une coopération sécuritaire nécessaire face à la menace djihadiste qui gagne du terrain dans le nord du pays, et une opinion publique de plus en plus sensible aux discours souverainistes.

La méfiance s’étend même jusqu’à la nature du matériel livré, certains commentateurs suspectant la présence de dispositifs d’espionnage. Alors que le Bénin s’engage dans une année électorale décisive en 2026, ce ressentiment populaire pourrait peser lourd dans le débat politique et sur l’avenir du partenariat stratégique avec la France.

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