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Coproduction de la sécurité : Le griot, une arme contre l’extrémisme violent au Bénin

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C’est une approche novatrice, participative et inclusive développée depuis peu pour cultiver la paix et lutter contre l’extrémisme violent en lien avec les attaques terroristes dans la partie septentrionale du Bénin : la coproduction de la sécurité.

Dans un contexte de plus en plus marqué par des crises répétées d’atteinte à la quiétude et à la sécurité des populations du nord du Bénin en proie à l’extrémisme violent et aux actes de terrorisme, tous les moyens sont bons pour promouvoir la paix et cultiver le sens du patriotisme dont la coproduction de la sécurité.

Alassane est l’un des artisans de cette culture. Sa parole relève à la fois du dire bien et du dire vrai. Parolier et maître de l’oralité, il est considéré comme le dépositaire de la tradition du peuple qu’il représente et sa mission est de raconter les faits passés dans le présent pour les inscrire au panthéon du futur. Il est un griot.

Armé de sa voix et d’un tam-tam accroché à son bras, il sillonne aujourd’hui sa communauté, non plus, pour faire les éloges des familles royales ou des tribus guerriers, mais plutôt pour sensibiliser sur le mal du siècle qu’est le terrorisme.

En effet, contre ce redoutable fléau, les griots sont désormais mobilisés. Cela grâce au Projet BAROBU, qui porte la cause de la promotion de la paix et de la lutte contre l’extrémisme violent dans le septentrion. Selon Seïdou Barassounon, le porteur du projet,  »il s’agit d’une initiative qui traduit la prise de conscience des griots et des jeunes sur un fléau social qui ronge nos peuples surtout les communautés du Nord du Bénin : l’extrémisme violent ».

A l’en croire, ledit projet valorise non seulement les arts de l’oralité dans une logique de coopération mais assure aussi et surtout la consécration des praticiens des arts oratoires ancestraux dont les compétences et le savoir-faire sont valorisés et promus pour promouvoir la paix, favoriser la cohésion sociale et contribuer à la lutte contre l’extrémisme violent.

Ainsi, il a déjà permis d’enrôler environ 350 griots professionnels, amateurs et apprenants dans 10 foyers d’interprétation en savoirs et pratiques griotiques à manifester leur engagement aux côtés de la Police Républicaine, de l’Armée Nationale et de l’administration publique pour contribuer à la promotion de la paix et à la lutte contre l’extrémisme violent dans les communes du Borgou.

Conscients que les premières cibles des recruteurs dans le rang des terroristes sont très souvent des jeunes déscolarisés ou en situation de précarité, leur rôle, sensibiliser les populations à travers des mini-spectacles griotiques sur la paix, la cohésion sociale et la solidarité contre l’extrémisme violent au nord du Bénin.

Au-delà d’être des griots, ce sont ainsi des ambassadeurs de la paix dans la coproduction de la sécurité avec les forces de sécurité et de défense. D’autant qu’à la date du 19 Mai 2023, on dénombrerait plus de 700 terroristes issus de 9 pays actuellement dans les prisons du Bénin, selon Cyriaque DOSSA, président de la Cour de Répression des Infractions Économiques et de Terrorisme (CRIET).

Faire de la coproduction de la sécurité, un outil pour stopper le terrorisme

Sensibilisation des têtes couronnées, des autorités religieuses et leaders d’opinion, des élus locaux, des responsables d’associations de développement, formation des journalistes et autres ; ce sont là quelques actions menées depuis plusieurs mois par les forces de sécurité et de défense, sous la houlette du ministère béninois de l’intérieur, dans le sens de la coproduction de la sécurité.

L’enjeu est de taille. Et l’adhésion de toutes les couches de la société semble être primordiale pour mieux prévenir l’extrémisme violent au Bénin.

En effet, longtemps épargné, le Bénin, depuis mai 2019 ne cesse d’enregistrer des attaques terroristes et des incursions de groupes armés non identifiés. Des incidents violents dans la région septentrionale qui se caractérisent par une insécurité croissante, des kidnappings fréquent et l’usage des armes de guerre contre les militaires pour cause de djihadisme… Des fléaux qui mettent en mal le vivre-ensemble, sclérosent la cohésion sociale et compromettent le développement.

Ne pouvant pas contenir cette invasion, le gouvernement béninois a opté pour faire la coproduction de la sécurité, l’arme fatale pour endiguer l’extrémisme violent. Cela avec une implication accrue des leaders religieux, des jeunes déscolarisés, des maires des différentes communes du Nord du pays. D’ailleurs, selon un communiqué du gouvernement, les forces de défense et de sécurité vont jouer leur partition mais elles ne peuvent faire face à la menace extrémiste sans la participation des populations. « La question de la sécurité est l’apanage de tous. La population est invitée à faire montre de son patriotisme par une collaboration active avec les forces de défense et de sécurité afin d’empêcher que les terroristes ne viennent s’installer sur le territoire béninois », pouvait-on lire dans ledit communiqué.

Un sentiment partagé par Arnauld Kassouin, journaliste spécialiste des questions relatives à la paix, à la sécurité et à la bonne gouvernance au Sahel et en Afrique de l’ouest. Dans un post publié sur LinkedIn, il explique que « les leaders religieux ont un accès unique à leur communauté et peuvent utiliser leur influence pour prévenir et contrer l’extrémisme violent. Ils peuvent à cet effet agir en tant que médiateurs dans les conflits, promouvoir des messages de tolérance et de non-violence, et mobiliser les membres de leur communauté pour lutter contre l’extrémisme violent ».

A l’en croire, « les leaders religieux peuvent entreprendre certaines actions pour prévenir l’extrémisme violent et le terrorisme au Bénin, notamment : organiser des forums de dialogue interreligieux pour promouvoir la compréhension mutuelle,  la promotion de l’éducation pacifique, sensibiliser la jeunesse aux dangers de l’extrémisme et des opinions radicales, collaborer avec les forces de sécurité pour identifier les cas suspects d’extrémisme, et donner des orientations pour aider les personnes radicalisées à se réintégrer dans la société. »

Guillaume Husson, chef du secteur Education du Bureau multisectoriel de l’Unesco de Dakar, estime pour sa part, que la prévention de l’extrémisme violent et le renforcement de l’état de droit passe par la « puissance douce » de l’éducation, notamment par le biais de projets qui cherchent à renforcer la résilience des enfants et des jeunes face aux discours de haine et à la propagande qui légitiment le recours à la violence. Il en veut pour preuve la mise en œuvre au Burkina-Faso, du plan d’action pour la Prévention de l’Extrémisme Violent par l’Éducation (PEV-E) dont les résultats sont probants et qualitatifs. Le rapport révèle d’ailleurs l’appropriation des compétences liées aux valeurs de la PEV-E par les élèves, l’amélioration de la discipline, de l’assainissement et de l’apaisement du climat scolaire et une mobilisation des acteurs pour la PEV-E dans les établissements d’expérimentation. 

Une expérience de coproduction de la sécurité qui pourrait servir de socle au Bénin dans sa lutte contre l’extrémisme violent. Surtout que Arnauld Kassouin croit savoir que « pour lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme au Bénin, les décideurs politiques doivent renforcer les programmes de sensibilisation et de formation des leaders religieux sur la prévention de l’extrémisme violent, leur rôle dans le maintien de la paix et de la sécurité au sein de leur communauté, renforcer leur capacité à identifier et prévenir la radicalisation et les encourager à établir un dialogue avec les autorités locales ».

Ainsi donc, il est nécessaire de mettre l’accent sur la nécessité de signaler tous comportements ou habitudes suspectes dans les communautés aux forces de l’ordre, éviter d’adhérer à des groupes de radicalisation et peser les conséquences des attaques terroristes pour le pays, mais encore plus pour les personnes vulnérables dans les communautés comme les femmes, les jeunes, les personnes âgées et les enfants.

Comme quoi, la coproduction de la sécurité semble être l’outil par excellence pour endiguer l’extrémisme violent au Bénin.

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