
Projeté le 10 décembre 2025 à l’Institut Français de Dakar dans le cadre de la compétition des Films d’École du Festival Dakar Court, MIA, réalisé par Hana Halia Lebo Traoré (Burkina Faso), captive par sa justesse et sa pudeur.
En treize minutes produites par Les Films Selmon et Les Elles du Cinéma, MIA raconte un épisode intime qui, loin d’être anodin, révèle les nouvelles formes de violence auxquelles les adolescentes sont confrontées à l’ère du numérique.
Un cinéma du sensible, respectueux du corps et de l’émotion
La première force de MIA réside dans son approche visuelle. Traoré privilégie un cinéma du sensible, où chaque plan est pensé pour protéger le personnage, même dans ses moments de plus grande vulnérabilité.
La scène de la douche en est l’exemple le plus éloquent. Mia, bouleversée, s’effondre littéralement sous l’eau. Le cadre la montre recroquevillée au sol, corps replié, visage noyé dans un mélange de larmes et de ruissellement. Jamais la caméra ne cherche l’effet choc ou la mise à nu. Au contraire, ce choix esthétique affirme quelque chose d’essentiel : Mia n’est pas réduite à un corps exposé, mais à une émotion à écouter.
Cette pudeur filmique installe un langage visuel cohérent : raconter la violence sans montrer la violence. Le corps n’est pas un objet ; il est un territoire blessé qui réclame un regard juste.
Sexualité adolescente : entre désir, confiance et manipulation
Dans MIA, l’éveil amoureux n’a rien de sulfureux. Il est naïf, fragile, maladroit, comme il l’est souvent dans la vie réelle. La réalisatrice montre très bien l’angle mort dans lequel tombent beaucoup de jeunes filles : croire que la confiance amoureuse suffit à effacer les risques. Mia suit son amoureux lors d’une sortie nocturne, dans une relation qu’elle pense sincère. Elle ne franchit jamais l’acte sexuel, mais lui filme une scène sans son consentement et en extrait un angle ambigu, assez compromettant pour exercer un chantage.
Le film révèle ainsi que la violence sexuelle contemporaine ne passe plus seulement par le geste, mais par l’image produite et manipulée, souvent plus destructrice encore.
Jeunesse africaine : entre désir d’autonomie et cadre familial
Traoré inscrit son récit dans une réalité sociale particulièrement actuelle sur le continent. La jeunesse, désormais élevée dans un monde d’hyperconnexion, navigue entre deux systèmes : la rigueur des normes familiales et le désir de liberté propre à l’adolescence. Mia n’est pas présentée comme une rebelle, mais comme une jeune fille qui cherche simplement à respirer au-delà des interdits.
Quand la vérité éclate, le film montre la tension entre le choc, la colère parentale et l’amour qui subsiste malgré tout. La famille devient, paradoxalement, l’espace de réparation.
Violence numérique : un nouveau territoire de domination
Le nœud dramatique du film repose sur un acte devenu tristement courant : le chantage numérique.
La vidéo enregistrée à l’insu de Mia devient une arme. Une seule image suffit à menacer une réputation, une vie scolaire, une confiance en soi. Traoré démontre, sans discours, que le smartphone est aujourd’hui un prolongement du corps : il peut l’exposer, le blesser, le réduire au silence.
La séquence finale est particulièrement brillante dans sa simplicité. Mia, les yeux brillants, supprime une à une les photos de son amoureux. Chaque suppression fait retentir un son sec, presque cinglant. Quand sa mère arrive, comprend la situation sans mot, et supprime elle-même une image, la salle rit et applaudit : un moment d’une humanité désarmante.
Ce geste scelle la fin de l’emprise et l’ouverture d’un chemin de guérison.
Une œuvre brève mais essentielle
MIA est un court-métrage d’une sincérité remarquable. En treize minutes, Hana Halia Lebo Traoré aborde des enjeux contemporains majeurs : la vulnérabilité affective, la place du numérique dans les relations, la difficulté de grandir, la violence invisible qui peut surgir derrière un simple écran, la force du dialogue familial.
Projeté à Dakar Court 2025, le film a trouvé une résonance particulière auprès du public jeune, souvent confronté aux mêmes dilemmes, aux mêmes enthousiasmes, aux mêmes dangers. Par son écriture claire, son jeu d’acteurs juste et sa mise en scène respectueuse, MIA s’impose comme un film nécessaire, qui parle autant aux adolescents qu’aux parents et qui rappelle une vérité simple : la bienveillance reste une arme puissante contre la violence numérique.




































