Opportunité des réformes constitutionnelles en Afrique : les intellectuels posent le problème

L’opportunité des réformes constitutionnelles en Afrique préoccupe les invités du Centre de recherche et de formation Le Chant d’Oiseau à Cotonou.

Ce 12 février 2026, l’Institut des Artisans de Justice et de Paix (IAJP/CO) a réuni universitaires, acteurs publics et citoyens autour du thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverses ».

La rencontre, modérée par le journaliste Rodrigue Herman Amégan, se veut avant tout pédagogique : comprendre pourquoi les constitutions africaines sont régulièrement modifiées et pourquoi ces révisions suscitent autant de débats dans les opinions publiques.

Prennent part aux échanges Francis Lalaye, expert en gouvernance politique et électorale, l’abbé Camille Sessou, docteur en théologie et aumônier des cadres et personnalités politiques, et le professeur Messanh E. Ahlinvi, agrégé de science politique.

Un espace de réflexion citoyen

En ouvrant les travaux, le responsable de l’IAJP/CO, Éric Aguénounon, rappelle la vocation de l’institut : offrir un cadre de dialogue accessible à tous, sans distinction d’appartenance sociale, religieuse ou politique.
L’objectif, explique-t-il, est de contribuer à la formation citoyenne et à la consolidation de la culture démocratique par la réflexion et l’information.

Le panel s’inscrit ainsi dans une démarche de compréhension et non de confrontation politique.

Dès le début des échanges, Francis Lalaye pose un diagnostic. Le problème des constitutions africaines, affirme-t-il, n’est pas tant leur contenu que leur gestion dans le temps.

Selon lui, avant toute modification d’une loi fondamentale, une évaluation de son fonctionnement devrait intervenir à mi-parcours. Or cette pratique reste rare. Les constitutions sont souvent révisées sans bilan réel de leur application.

Il rappelle d’ailleurs qu’en Afrique on dénombre vingt-quatre tentatives de révision constitutionnelle, dont la majorité aboutit.
Pour lui, la question n’est donc pas la possibilité juridique de modifier la Constitution, mais la justification réelle de la réforme.

La révision devient parfois un réflexe politique plutôt qu’une nécessité institutionnelle.

La Constitution comme bien commun

L’abbé Camille Sessou aborde la question sous un angle moral. Pour lui, la Constitution dépasse la technique juridique : elle constitue un bien commun national.

Elle représente un pacte collectif garantissant la cohésion sociale. Lorsqu’elle est modifiée sans souci de l’intérêt général, la confiance citoyenne se fragilise.

Selon lui, les controverses apparaissent lorsque la population perçoit la réforme comme liée à des intérêts particuliers plutôt qu’au bien commun. C’est cette perception qui explique la méfiance souvent observée autour des révisions constitutionnelles.

Les révisions opportunistes

Le professeur Messanh E. Ahlinvi apporte une lecture politologique du phénomène.
Il évoque l’existence, dans plusieurs pays africains, de révisions opportunistes, c’est-à-dire motivées par des circonstances politiques immédiates.

Il souligne qu’un État peut poursuivre son développement sans modifier sa Constitution et met en garde contre l’idée selon laquelle réforme institutionnelle rime automatiquement avec progrès.

Son intervention attire aussi l’attention sur le poids des institutions de contrôle constitutionnel, dont l’influence peut fortement orienter la vie politique.

Au fil du débat, un constat s’impose : les constitutions doivent évoluer parce que les sociétés changent. Mais la difficulté apparaît lorsque les citoyens ne comprennent pas clairement l’intérêt collectif de la réforme.

Ainsi, la question n’est pas la révision constitutionnelle en elle-même, mais sa finalité.
Lorsqu’elle vise l’organisation durable des institutions, elle favorise la stabilité. Lorsqu’elle semble répondre à des circonstances politiques, elle nourrit la suspicion.

Un débat appelé à se poursuivre

L’IAJP/CO entend encourager la participation citoyenne et la réflexion publique autour des institutions.

Au Chant d’Oiseau, les échanges ont montré surtout que la question constitutionnelle dépasse le droit : elle touche à la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Le débat engagé ne se referme pas avec ce panel. D’ailleurs, l’Institut invite le public pour le 19 mars 2026 pour un carrefour de réflexion sur le même thème.

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