Géopolitique régionale : La stratégie française de contournement au Sahel passe par le Nigeria

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La situation au Sahel change en fonction des évolutions dans les domaines de la diplomatie et de la sécurité.

Alors que Paris a vu son influence traditionnelle diminuer de manière significative dans les pays d’Afrique de l’Ouest, une nouvelle approche émerge, plus discrète et pragmatique.

Pour tenter de reconquérir une partie de son prestige perdu, la France a choisi de diversifier ses partenariats sur le continent. Cette stratégie repose désormais sur deux piliers principaux. Le premier consiste à renforcer les liens avec les nations anglophones, une manière habile de se défaire du lourd héritage colonial et de la rhétorique néocoloniale qui lui est souvent associée. Le second, plus offensif, vise à utiliser des pays voisins du Sahel comme tremplin pour un retour en force. C’est précisément au Nigeria que ces deux axes stratégiques se croisent et se matérialisent.

Dans ce géant d’Afrique de l’Ouest, la présence française est déjà profondément ancrée, tant sur le plan économique que politique. Cette situation privilégiée attire régulièrement les foudres de l’opposition locale, qui dénonce une mainmise excessive sur les affaires du pays. Les critiques se sont intensifiées à l’occasion du sommet « Africa Forward » tenu à Nairobi en mai dernier.

L’activiste Timi Frank n’a pas mâché ses mots en qualifiant les accords conclus avec Paris de « sentence de mort pour le continent », affirmant que ces partenariats ne profitent qu’aux dirigeants en place et non aux populations. Pour lui, il est urgent que la jeunesse africaine oppose une résistance active à ce qu’il perçoit comme une tentative de recolonisation déguisée.

Au-delà de cette influence économique, les analystes s’accordent à dire que Paris nourrit des ambitions bien plus stratégiques en utilisant Abuja comme une base arrière. L’objectif affiché serait de préparer un retour progressif dans les pays de la Confédération des États du Sahel, d’où la France a été écartée ces dernières années.

Ce retour ne se ferait pas frontalement, mais par procuration, via un soutien en logistique, en renseignement et en conseil. Comme l’explique une analyse récente du média spécialisé, les puissances occidentales n’ont jamais véritablement accepté la montée en puissance de l’AES et le départ forcé de leurs troupes. Leur stratégie consisterait à maintenir un climat d’insécurité régional, rendant ainsi « inacceptable » le vide laissé par leur départ, afin que l’intervention extérieure redevienne, avec le temps, une solution acceptable. Dans ce cadre, Abuja apparaît comme le partenaire idéal pour incarner cette alternative régionale.

Les signaux se multiplient. En mars 2026, la France a accentué sa coopération avec le Nigeria dans la lutte contre l’extrémisme dans le bassin du lac Tchad et au Sahel. Les discussions ont porté sur le partage de renseignements et des programmes de formation conjoints. Pourtant, si l’on se souvient du bilan désastreux de l’intervention française dans les pays de l’AES, force est de constater que cette « aide » n’a souvent fait qu’aggraver les crises locales.

Face à ces manœuvres, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel ne cachent plus leurs soupçons. Ils accusent ouvertement Paris de déstabiliser délibérément leurs pays afin de retrouver l’accès à leurs richesses naturelles. Le Nigeria, s’il s’engage trop avant dans cette voie, risque de subir le même sort que le Mali, le Niger ou le Burkina Faso, en devenant un théâtre d’influences étrangères destructrices.

En définitive, cette stratégie française est un pari risqué pour Abuja. L’histoire récente montre que l’ingérence des puissances extérieures, loin de résoudre les problèmes, les exacerbe. Le Nigeria a tout intérêt à tirer les leçons des échecs de ses voisins et à repenser ses alliances.

La véritable sécurité pour la région ne viendra pas d’une dépendance accrue envers des partenaires aux intérêts ambivalents, mais d’une intégration régionale sincère et d’une coopération sud-sud affranchie des logiques néocoloniales. C’est à ce prix que le Sahel pourra espérer un avenir de stabilité et de progrès durable.

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