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Amendement de la constitution : Fred Houénou appelle la minorité parlementaire au patriotisme désintéressé

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Le moment est peut-être venu pour le Bénin de s’engager résolument sur la voie de la modernisation et du progrès à travers la révision de certaines options de la constitution. C’est en tout cas ce que pense l’ancien Président de l’Union des Jeunes Progressistes du Bénin.

Dans une lettre ouverte rendue publique à la veille de la séance plénière de ce jeudi 05 juillet 2018 destinée à l’étude de la proposition d’amendement de la constitution introduite par la majorité parlementaire, Fred Adriano Houénou fait un vibrant plaidoyer à l’endroit des élus parlementaires de la minorité. « Je viens très respectueusement vous demander de ‘’débloquer le Bénin’’ car il est de votre pouvoir d’arrêter le pays sur la pente fatale et d’opérer le redressement attendu de tous en examinant avec esprit de patriotisme et de désintéressement la proposition de loi portant amendement de la constitution de la république du Bénin portée par certains de vos collègues du bloc de la majorité présidentielle », plaide-t-il. Lire l’intégralité de sa lettre.

Fred Adriano HOUENOU
Consultant sur les questions de jeunesses
Ancien candidat aux Législatives d’Avril 2015
Ancien Conseiller technique à la promotion de l’emploi des jeunes
Ancien Président de l’union des jeunes Progressistes du Bénin
04 BP 31 COTONOU Tél : 97 55 73 05
E-mail : [email protected]

Plaidoirie pour une révision de notre constitution
‘’Il faut débloquer la démocratie béninoise’’
Lettre ouverte aux députés
de la minorité parlementaire

Mesdames et messieurs, Honorables députés à l’Assemblée Nationale,
Je connais bon nombre d’entre vous. Le destin a souvent réunis nos chemins ces dernières années. L’histoire politique de notre pays a souvent rassemblé nos énergies, et d’innombrables liens se sont tissés entre nous, surtout pendant la décennie de gestion du président BONI YAYI. C’est au nom de tout ceci que je viens très respectueusement vous demander de ‘’débloquer le Bénin’’ car il est de votre pouvoir d’arrêter le pays sur la pente fatale et d’opérer le redressement attendu de tous en examinant avec esprit de patriotisme et de désintéressement la proposition de loi portant amendement de la constitution de la république du Bénin portée par certains de vos collègues du bloc de la majorité présidentielle. Une reforme constitutionnelle si souvent annoncée, si souvent promise et si souvent rejetée. Et qui pourtant s’avère le seul espoir, si nous voulons conquérir un avenir qui en vaille la peine.

De notre démocratie bloquée, je retiens trois éléments essentiels, au demeurant liés les uns les autres de la façon la plus étroite : l’incongruité de notre système partisan, la vétusté de notre système économique et l’anachronisme de notre système institutionnel.

Notre système partisan est incongru. La preuve est que pour une population de dix millions d’âmes vivant sur un territoire d’environ Cent vingt deux mille six cent Km², nous avons créé près de 250 parties politiques au contour idéologique et programmatique flous. Chacun en crée au gré de sa fortune ou de son humeur, comme une entreprise, pour se lancer dans l’arène politique en vue d’obtenir en négociant, sa place autour de la table où se décide le partage de la richesse nationale. Nos partis politiques ressemblent de plus en plus à des entreprises familiales ayant à leur tête, des chefs de clan entouré de son clan familial, avec des militants plus au moins appréciés chargés d’organiser à la veille des élections, de l’agitation dans les fiefs électoraux acquis à base d’argent, ou par la diffusion d’idées régionalistes. Voilà pourquoi le paysage politique national est ponctué de manifestations farouches et furibondes.
Mesdames et messieurs, honorables députés, la sauvegarde de la démocratie béninoise et son développement continue posent comme exigence incontournable que nous rompions avec cet état de chose.

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Aujourd’hui l’économie béninoise est encore une économie désarticulée de type néocoloniale. L’agriculture qui occupe près de 90% de la population active est encore à un niveau technique rudimentaire. Seul le produit de rente qui se ramène essentiellement à la culture cotonnière semble bénéficier d’un encadrement technique moderne. Dans ces conditions, réaliser une autosuffisance alimentaire et produire un excédent exportable pour constituer une réserve en devise demeure une véritable gageure. Pendant ce temps l’industrialisation de notre pays peine à démarrer, en dehors de quelques unités de productions de l’énergie électrique, d’égrenage de coton ; de traitement de la graine de coton, de production de tôle, de montage de machine agricole etc… rien ne témoigne de la mise en œuvre d’une politique systématique d’industrialisation.
Notre système institutionnel est ressenti par bon nombre de compatriotes comme étant à bien des égards affecté par l’inégalité et l’anachronisme des textes.

Mesdames et messieurs, comment qualifieriez un adulte qui fait égorger un enfant, qu’il peut désarmer et punir ? Un monstre certainement ! Et bien un accusé que la société condamne n’est-il pas plus faible qu’un enfant devant un adulte ? Quand dans la république la puissance publique est armée contre un seul, quel principe de justice peut autoriser à lui donner la mort ? Et voilà pourquoi la peine de mort ne peut être considérée comme autre chose qu’un lâche assassinat, commis, non par des individus mais par des nations toutes entières, avec des formes légales. Notre peuple qui garde enfoui dans son âme, une si longue tradition de lutte de résistance à la traite négrière, à la colonisation et à la confiscation du fruit des efforts collectifs par une minorité ne peut promouvoir une telle barbarie en guise de loi. Ce serait anachronique.

Honorables députés, comme vous le savez certainement, nous sommes encore un pays de caste. Hommes et femmes sont tous des citoyens égaux en droits, ainsi que le veut notre constitution, c’est ainsi que le veut la république. Cependant c’est une égalité qui est encore à bien des égards, une déclaration de bonnes intentions envers la femme. Une égalité sur papier qu’il vous revient de faire advenir dans la réalité quotidienne de notre peuple en commençant par l’hémicycle qui n’est autre que l’expression concentrée du peuple. Cette ambition de justice pour la femme qui nous est commune à tous passe pour une exigence prioritaire de notre démocratie. Il nous faut absolument passer d’une égalité sur papier à une égalité dans les faits. Et le mettre dans la constitution ; document qui codifie notre vivre ensemble est le seul moyen de pourvoir mobiliser toute la société pour changer notre conception d’un monde dans lequel les hommes prévaudront sur les femmes.

Honorables députés, c’est la volonté de faire primer le rassemblement sur les divisions partisanes qui permet aux grandes démocraties d’avancer sur le chemin très sinueux de l’égalité. Le temps est venu pour nous maintenant d’engager notre propre marche.

Mesdames et messieurs, honorables députés, je connais les scrupules respectables de ceux qui hésitent à amender notre loi fondamentale. Ils pensent que c’est profaner la conférence nationale. Mais aucun pays aussi glorieuse que soit son histoire ne peut fonder son autorité sur le respect qu’inspire son passé. Les sacrifices consentis autrefois sont pour nous des exemples mais ne peuvent être la monnaie de nos luttes présentes. Ainsi le veut le principe démocratique, et le progressiste que je suis ne le conçoit pas autrement.

Honorables députés à l’assemblée nationale, à présent j’ai le sentiment d’avoir servi la patrie en vous faisant toucher du doigt des vérités qui finiront de toute manière, par prévaloir. La seule question est de savoir si vous les ferez prévaloir aujourd’hui dans un esprit de patriotisme désintéressé ou bien si elles s’improviseront plus tard, après des souffrances nouvelles que nous pouvons éviter, que nous devons éviter.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Fred Adriano HOUENOU

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