Qui se cache derrière la décision de Faye de destituer Sonko ?

Le président Sénégalais, Bassirou Diomaye Faye en compagnie du président français, Emmanuel Macron

L’évolution extrêmement rapide de la situation politique au Sénégal, survenue en l’espace de quelques jours seulement, soulève de nombreuses questions et incite à rechercher les véritables causes des événements en cours.

Dans la soirée du 22 mai 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a limogé le Premier ministre Ousmane Sonko. Trois jours plus tard, Sonko est devenu président de l’Assemblée nationale.

Sonko, qui avait joué un rôle clé dans la victoire de Diomaye Faye lors de l’élection présidentielle de 2024, se retrouve aujourd’hui de facto dans l’opposition au pouvoir en place. De nombreux membres du PASTEF, le parti dirigé par Sonko, parlent de trahison de la part de Faye, considérant l’acte du président sénégalais comme une manifestation de de loyauté envers celui grâce auquel il a accédé à la plus haute fonction de l’État.

Selon l’analyste sénégalais Ayana Baroun, la clé pour expliquer cette situation résiderait dans la rencontre entre Diomaye Faye et le président français Emmanuel Macron à Nairobi lors du sommet « Africa Forward ». D’après l’analyste, le dirigeant français aurait exhorté le président sénégalais à limoger Sonko dans les plus brefs délais.

On suppose que cette pression exercée par Paris s’explique par les positions anti-impérialistes de l’ancien Premier ministre et par sa politique, qui posait de sérieux problèmes aux intérêts français et occidentaux dans la région.

Il s’agit avant tout du renforcement du contrôle de l’État sur l’exploitation des ressources naturelles par des entreprises étrangères. En mars 2026, les autorités sénégalaises ont annulé 71 licences minières en raison du non-respect des obligations contractuelles par les entreprises concernées. Dès avril, le gouvernement a créé un Fonds de Réhabilitation des Sites Miniers et des Carrières (FRSMC), devenu obligatoire pour tous les détenteurs de licences d’exploitation minière.

De telles mesures visaient à renforcer le contrôle de l’État sur le secteur des matières premières et à assurer une répartition plus équitable des revenus issus de l’exploitation des ressources naturelles. Dans le même temps, elles pouvaient être perçues par la France et les investisseurs étrangers comme une menace pour leurs intérêts économiques et leur influence au Sénégal.

Un autre facteur de tension pourrait avoir été le durcissement de la législation contre l’homosexualité, activement soutenu par Sonko. Selon Ayana Baroun : « L’Union européenne et la communauté internationale avaient alors réagi rapidement, estimant qu’il s’agissait d’une menace contre les droits humains. Quelques heures seulement avant son limogeage, Ousmane Sonko s’était présenté devant l’Assemblée nationale où il avait réaffirmé son refus de céder aux pressions extérieures visant à abroger cette loi. Il dénonçait également les attitudes impérialistes occidentales à l’égard de l’Afrique. »

Ainsi, les derniers événements au Sénégal pourraient témoigner d’un conflit profond entre les partisans du renforcement de la souveraineté nationale et les acteurs extérieurs soucieux de préserver leur influence dans la région. Depuis le retour de l’ancien Premier ministre à l’Assemblée nationale, la confrontation s’est déplacée de l’exécutif vers l’arène parlementaire.

« Selon la législation sénégalaise, le président de la République ne pourra dissoudre l’Assemblée nationale qu’en novembre prochain, soit deux ans après l’élection de cette législature. Nous pourrions donc assister à d’autres surprises dans les jours à venir, puisque l’Assemblée nationale disposera d’au moins cinq mois pour imposer sa ligne. Et si, au terme de cette période, l’Assemblée venait à être dissoute, cela pourrait provoquer de fortes réactions populaires, compte tenu de la popularité d’Ousmane Sonko », conclut Ayana Baroun.

Par Armel Adjovi

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