Arts plastiques et handicap : Un projet soutenu par le FDAC lancé à Sèmè-Podji

À Sèmè-Podji, la culture prend le parti de l’inclusion avec la résidence en danse et en arts plastiques « Silences Amplifiés » qui vient d’être est officiellement lancée.

Ce vendredi 27 février 2026, la résidence en danse et en arts plastiques « Silences Amplifiés » est officiellement lancée, sous le regard attentif des autorités communales de Sèmè-Podji,, des représentants du ministère de la Culture et du Fonds de développement des arts et de la culture (FDAC), mais surtout des premiers concernés : des jeunes en situation de handicap, venus des différents arrondissements de la commune.

Dans la salle, l’atmosphère est solennelle mais chargée d’espoir. Le ton est donné par Cyrille Kouzounhoué, deuxième adjoint au maire de Sèmè-Podji, qui salue un projet à « double avantage » : promouvoir la créativité artistique tout en insérant une trentaine de jeunes en situation difficile dans la vie professionnelle. Il transmet les salutations du maire Thomas Singbo et insiste sur la portée sociale de l’initiative. Pour lui, le financement public engagé constitue un investissement sur la jeunesse locale : « Faites-en bon usage et fructifiez le pour le bonheur de vous tous », lance-t-il aux bénéficiaires, les invitant à discipline et abnégation.

Au-delà du discours institutionnel, c’est la décentralisation culturelle qui est mise en avant. Elvire Adjamonsi, cheffe cinéma et audiovisuel à l’Agence de Développement des Arts et de la Culture (ADAC), rappelle que le projet a séduit à deux titres. D’abord parce qu’il ne se déroule pas à Cotonou, mais à Sèmè-Podji, preuve que la création ne doit pas rester cantonnée aux grands centres urbains. Ensuite parce qu’il cible des personnes en situation difficile.

« L’art n’a pas de frontière, il est destiné à tout le monde », affirme-t-elle, formulant le vœu que le spectacle issu de la résidence puisse circuler à travers la commune, puis au-delà des frontières béninoises.

Au cœur de cette dynamique, le porteur du projet, Nourou Deen Eniola, revendique un engagement personnel. Ancien habitant de la commune, il observe l’absence d’initiatives artistiques valorisant les personnes en situation de handicap à Sèmè-Kpodji. Inspiré par des expériences menées en France, en Belgique ou au Burkina Faso, il décide d’implanter ici un projet inédit.

Son ambition est claire : créer un spectacle professionnel, insérer durablement les bénéficiaires dans la filière danse et assurer leur rémunération lors des diffusions. Déjà, des contacts sont établis au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Togo. Le rêve, dit-il, est de voir ces artistes béninois voyager grâce à leur talent.

La spécificité de « Silence Amplifié » réside justement dans cette articulation entre création artistique et insertion socio-professionnelle. Il ne s’agit pas d’un simple atelier occupationnel. La résidence entend produire une œuvre scénique aboutie, susceptible d’être diffusée, vendue et exportée. Les participants ne sont pas présentés comme des bénéficiaires passifs, mais comme des artistes en devenir, appelés à générer de la valeur à travers leur performance.

Dans la salle, les réactions traduisent à la fois enthousiasme et vigilance. Nadège Lokossi, en situation de handicap moteur, salue un projet « qui vient à point nommé ». Pour elle, les personnes handicapées « ont droit à un avenir » et ne doivent pas être réduites à la mendicité. Elle soulève toutefois une préoccupation concrète : la question du déplacement. Sans moyens adaptés, la participation régulière aux activités peut devenir un obstacle. Un appel est lancé aux autorités pour trouver des solutions.

Henry Toviho, parent de trois bénéficiaires, partage cet espoir. À l’inverse, Vitofodé Adam, malvoyant, exprime sa déception en découvrant que le projet ne prend pas en compte son type de handicap. Une interpellation qui rappelle que l’inclusion demeure un chantier complexe. Les porteurs du projet apportent des clarifications et promettent de réfléchir à une meilleure prise en considération de ces situations.

À Sèmè-Kpodji, la résidence commence donc sous le signe de l’engagement et du défi. Entre ambition artistique, responsabilité sociale et attentes concrètes des bénéficiaires, Silences Amplifiés se positionne comme une expérience pilote. Reste désormais à transformer l’élan du lancement en œuvre scénique capable de prouver, par la danse et la création plastique, que le talent ne connaît ni frontière géographique, ni limite physique.

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